6.6Bien choisir les clones, le type de plant, l’espacement entre les arbres et le temps de récolte

6.6.1 Choisir les clones

La plupart des pays pratiquant la populiculture ont développé au cours des années d’importants programmes d’amélioration génétique des peupliers hybrides. Ces programmes visent à produire de nouveaux clones bien adaptés aux différentes conditions climatiques rencontrées. Juste au Québec, par exemple, pas moins de 5000 clones ont été testés ou sont présentement testés pour répondre le mieux possible aux exigences des producteurs. Pour le moment, une quarantaine de clones sont recommandés pour les différentes conditions rencontrées au Québec. Chacun performe bien sous des conditions spécifiques. Certains sont plus polyvalents que d’autres, mais il n’y en a pas un qui est adapté à toutes les régions et conditions du Québec. Il est donc très important de bien sélectionner le clone ou les clones d’après la région concernée.

La recommandation d’un clone se fait selon plusieurs critères dont la vigueur et la croissance, la rusticité (résistance à des conditions de croissance difficiles comme le gel), la forme (ex. tronc rectiligne, peu de branches) et la qualité du bois (faible tendance de la tige à fourcher, permettant ainsi le déroulage), la résistance aux insectes et aux maladies (ex. chancre septorien) et l’appétence pour les animaux brouteurs (ex. les jeunes pousses de certains clones sont très savoureuses pour le cerf de Virginie).

La liste des clones recommandés évolue cependant. Il est possible qu’un meilleur clone soit proposé au fil des travaux de recherche. Entre autres, les programmes d’amélioration génétique visent la production de nouveaux clones capables de mieux s’acclimater aux changements climatiques et aux sécheresses. Le producteur doit donc toujours rester à l’affût, afin de s’approvisionner des meilleurs clones disponibles au moment de la mise en production de son terrain. Ce producteur peut aussi faire ses propres tests, pour vérifier s’il y a des clones plus performants parmi les clones recommandés pour les conditions spécifiques de ses terrains.

Les possibilités de croisement sont abondantes. Sans donner tous les détails, on peut dire qu’il y a principalement cinq espèces de peuplier qui ont servi à la création des différents clones au Québec : le peuplier deltoïde (D) (Populus deltoides), le peuplier noir (N) (Populus nigra), le peuplier baumier (B) (Populus balsamifera), le peuplier de l’Ouest (T) (Polulus trichocarpa) et le peuplier japonais (M) (Populus maximowiczii). Par exemple, un peuplier de type D × N est obtenu par l’entremise du croisement entre une femelle de deltoïde et un mâle de peuplier noir. On peut aussi croiser un peuplier hybride (ex. femelle de DN) avec un mâle de peuplier d’une autre espèce (ex. peuplier japonais), ce qui donne un autre hybride (ici, le DN × M). Les possibilités de croisement sont ainsi très nombreuses. Il y a même des peupliers hybrides naturels. Par exemple, le peuplier de Jack (B × D) vient de l’hybridation entre une femelle de peuplier baumier et un mâle de peuplier deltoïde en forêt naturelle.

Le producteur ne doit pas choisir seulement les clones les plus productifs s’il s’avère qu’ils sont peu résistants aux insectes, aux maladies et aux intempéries (gels, sécheresses). Par exemple, la croissance d’un certain clone peut s’avérer plus lente qu’un autre clone recommandé. Toutefois, si le clone le plus productif résiste moins bien aux insectes que le clone moins productif, les rendements de la plantation du clone plus productif pourraient finir par produire moins de volume que celui de la plantation du clone moins productif, mais plus résistant aux différents stress. Il est donc généralement recommandé de diversifier les clones de façon à garantir des résultats. Pour ce faire, il est judicieux de choisir des clones offrant peut-être un peu moins de rendement, mais qui présentent peu de risques d’échecs dus aux insectes, aux maladies, aux gels, aux sécheresses, etc. Il n’est pas non plus souhaitable de planter un clone très productif sur un sol pour lequel il n’est pas bien adapté – les arbres ne seront pas productifs et la mortalité pourrait être suffisamment élevée pour que la plantation soit jugée moribonde.

6.6.2Choisir le type de plant

Le choix des plants est également important pour assurer le succès de la plantation. Dans le cas du peuplier hybride, il y a principalement quatre types de plant disponibles, chacun présentant des avantages et des désavantages selon le mode de préparation de terrain et les conditions climatiques régionales prédominantes. Lisez les pages 63 à 70 (Chapitre 6), dans Le Guide de populiculture au Québec, pour les types de plant utilisés en milieux agricoles et forestiers.

6.6.3Choisir l’espacement entre les arbres et le temps de récolte

Le choix de l’espacement entre les plants de peuplier hybride dépend en grande partie de l’objectif commercial de la plantation. En populiculture comme dans d’autres systèmes de production semblables, les arbres plantés trop densément chercheront à croître en hauteur (croissance apicale) pour accéder à plus de lumière, négligeant ainsi la croissance radiale. L’inverse est vrai en situation de grands espacements, c’est-à-dire qu’il y aura moins de croissance en hauteur et plus de croissance radiale. En général, le producteur pourra ainsi espérer produire du bois de meilleure qualité s’il choisit un plus grand espacement entre les arbres, car des tiges de plus gros diamètres permettent le sciage et le déroulage. Pour ce faire, il visera un ratio diamètre (d) (cm) : hauteur (h) (m) de plus de 1,0, idéalement de 1,1 ou 1,2. C’est ainsi que le producteur donnera le plus de valeur à sa plantation. Pour y arriver, la densité de tiges à l’hectare ne devra pas dépasser 800. Il est à prévoir qu’à cette densité, la plantation donnera des diamètres à 1,3 m de hauteur d’environ 22 cm et des ratios d : h de tige d’environ 1,1. À une densité de 500 tiges à l’hectare, la plantation donnera des diamètres de 24 cm et des ratios d : h de tiges d’environ 1,2, idéal pour le sciage et le déroulage. Au contraire, à des densités de 1100 tiges par hectare, la plantation donnera des diamètres variant de 18 à 20 cm et des ratios d : h de 0,9 à 1,0, utile surtout pour la trituration (fibre : papier et panneaux de particules). Pour le sciage et le déroulage, le producteur choisira donc de planter à des densités plus faibles (ex. un espacement de 3 × 4 m donne 833 tiges à l’hectare, alors qu’un espacement de 5 × 4 m donne 500 tiges à l’hectare. Le producteur peut aussi décider de planter plus densément (ex. 3 × 3 m donne 1111 tiges par hectares), mais choisira par la suite de procéder à de l’éclaircie commerciale après 4 ou 5 ans (ex. densité finale de 500 tiges à l’hectare, voire de 200-300 tiges à l’hectare) pour permettre aux arbres de pousser avec moins de contraintes et, ainsi, atteindre de plus grands diamètres. L’éclaircie pourra se réaliser à l’aide d’une débroussailleuse si les plants n’ont pas atteint de trop gros diamètres (figure 3). Au contraire, pour du bois de trituration, le producteur pourrait choisir de planter à une densité de 3 × 3 m ou même encore plus densément (ex. 2 × 2 m donne 2500 tiges à l’hectare). Toutefois, étant donné la compétition intraspécifique élevée pour la lumière, l’eau et les nutriments dans ces systèmes, il y a une éclaircie naturelle qui se traduit par des taux de mortalité élevés. En fin de compte, ce sont les objectifs du producteur et son accès aux différents marchés qui dictent la densité initiale de la plantation et les travaux sylvicoles (éclaircies, contrôle de la compétition végétale, fertilisation) requis pour arriver aux diamètres de tiges souhaités.

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Figure 3. Type de débroussailleuse utilisé pour le contrôle de la compétition végétale et l’éclaircie d’arbres de petits diamètres.

Source : https://www.comai.fr/1470-thickbox/debroussailleuse-4-en-1.jpg

Le producteur peut utiliser quelques outils pour déterminer le temps idéal pour récolter sa plantation. Dans un premier temps, il peut utiliser des tables lui permettant d’estimer le volume de bois sur pied selon le diamètre et la hauteur des tiges. Par exemple, la table suivante développée par Popovich (1986) permet d’estimer le volume d’une tige de peuplier hybride au Québec (tableau 3).

Tableau 3. Table pour estimer le volume d’une tige (avec écorce) de peuplier hybride au Québec selon sa hauteur et son diamètre à hauteur de poitrine (1,3 m), et s’étant développée sur une base de 400 à 1000 tiges à l’hectare.

 

Hauteur (m)

10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20
 

 

Diamètre à hauteur de poitrine (cm)

15 0,0734 0,0798 0,0860 0,0921 0,0980            
16 0,0828 0,0901 0,0972 0,1040 0,1107 0,1171 0,1171        
17 0,0930 0,1012 0,1092 0,1169 0,1244 0,116 0,1386 0,1453 0,1518 0,1581 0,1640
18   0,1131 0,1220 0,1307 0,1391 0,1472 0,1551 0,1627 0,1700 0,1770 0,1837
19   0,1257 0,1357 0,1454 0,1548 0,1639 0,1727 0,1812 0,1894 0,1973 0,2048
20   0,1391 0,1503 0,1611 0,1716 0,1817 0,1915 0,2010 0,2101 0,2189 0,2274
21     0,1657 0,1777 0,1893 0,2006 0,2115 0,2220 0,2322 0,2420 0,2514
22     0,1819 0,1952 0,2080 0,2205 0,2326 0,2442 0,2555 0,2664 0,2769
23     0,1990 0,2136 0,2278 0,2415 0,2548 0,2677 0,2802 0,2922 0,3038
24     0,2170 0,2330 0,2485 0,2636 0,2782 0,2924 0,3061 0,3194 0,3322
25       0,2533 0,2703 0,2868 0,3028 0,3183 0,3334 0,3480 0,3621
26       0,2745 0,2930 0,3110 0,3285 0,3455 0,3620 0,3779 0,3934
27       0,2966 0,3167 0,3363 0,3554 0,3739 0,3918 0,4092 0,4261
28       0,3197 0,3415 0,3627 0,3834 0,4035 0,4230 0,4419 0,4603

Source : Popovich (1986).

À une hauteur de 18 m et un diamètre de 22 cm, il est estimé que la tige de peuplier hybride aura un volume de 0,2555 m3. Si la plantation compte 750 arbres par hectare et que les hauteurs et les diamètres sont relativement homogènes, cela se traduit par un volume marchand de 192 m3 par hectare. Si ces chiffres sont atteints en 15 ans, on peut alors dire que le rendement (c’est-à-dire, le gain en volume) est en moyenne de 12,8 m3 par hectare par année.

La vigueur du peuplier hybride change au fil des années. Il y a trois stades de croissance en volume chez les arbres. Tout au début, il y a accélération, suivie d’une stabilisation et, enfin, d’une diminution. Les divers stades sont atteints à différents moments selon les espèces. Dans le cas du peuplier hybride, on peut dire que les gains en volume se font très rapidement, mais que ceux-ci s’estompent aussi très rapidement (figure 4).

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Figure 4. Courbe théorique des gains annuels en volume d’une plantation de peupliers hybrides.

Les forestiers recommandent de récolter une plantation lorsque la courbe des gains annuels en volume, c’est-à-dire le nouveau volume généré annuellement, croise celle des gains moyens en volume, c’est-à-dire le volume total divisé par l’âge de la plantation (figure 5). Par exemple, le gain moyen d’une plantation de 125 m3 par hectare à 10 ans est de 12,5 m3 par hectare par année. À partir du moment où les courbes se croisent, une nouvelle plantation produira plus de volume sur une période de 15 ou 20 ans que la plantation mature si on la laisse sur pieds pour la même durée, parce que les gains annuels de cette dernière se sont amenuisés substantiellement et que le gain moyen en volume a atteint sa valeur maximale. Cela dit, le croisement des deux courbes correspond à l’âge théorique idéal pour la récolte. En pratique, il est possible que le producteur ne désire pas récolter cette année-là pour différentes raisons. Notamment, le gain moyen en volume diminue très lentement, ce qui signifie que le producteur peut attendre encore quelques années avant de récolter sa plantation – il est peut-être avantageux pour lui d’attendre que le marché du bois soit de favorable à très favorable avant de récolter le bois et de le vendre aux plus offrants.

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Figure 5. Croisement des courbes de gains annuels et moyens en volume pour une plantation fictive de peuplier hybride.

Le producteur a donc intérêt à faire le suivi de la hauteur et du diamètre des tiges de sa plantation afin d’estimer les volumes marchands, bâtir des courbes de rendement et déterminer le temps optimal pour récolter le bois.