4.7Sylvopastoralisme en Nouvelle-Zélande : aspects d’aménagement

    La Nouvelle-Zélande est un pays pionnier en matière de sylvopastoralisme à grand déploiement. Cette pratique agroforestière a débuté à la fin des années 1960, à la suite d’une initiative d’intensification de la production ligneuse par l’entremise de plantations de pins Monterey et radiata.

    Sous un aménagement typique, les plantations sont établies sur des pâturages (figure 21) et la canopée est maintenue ouverte grâce à des éclaircies pour permettre à la lumière d’atteindre le sol et, ainsi, de favoriser la croissance des plantes. La densité des plants est élevée au départ de la plantation (1000 à 2000 arbres par hectare, figure 22). Toutefois, la plantation est progressivement éclaircie jusqu’à 200 à 350 arbres par hectare (figure 23). Les parterres, enrichis en graminées et en légumineuses, peuvent alors être broutés par les moutons et les vaches de façon à obtenir des revenus à court terme (figure 24).

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    Figure 21. Établissement d’une plantation de pins radiata sur un pâturage. Le pâturage a été établi en utilisant des graminées exotiques et des légumineuses. Celles-ci ont été fertilisées. La croissance du pin peut être élevée dans de telles conditions de croissance, mais les fortes teneurs en azote dans le sol (sous forme de NO3) issues de la fixation atmosphérique par les légumineuses peuvent devenir problématiques, car le NO3 interfère dans le prélèvement d’autres nutriments.

    Source : https://www.cof.orst.edu/pubs/cof/plntdfor/imagepgs/ch16/img66.htm

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    Figure 22. Une jeune plantation (2 ½ ans) de pins radiata en Nouvelle-Zélande établie à 2000 plants par hectare. Notez la pente relativement forte du terrain.

    Source : https://www.cof.orst.edu/pubs/cof/plntdfor/imagepgs/ch8/img40.htm

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    Figure 23. Cette plantation de pins radiata en Nouvelle-Zélande a été éclaircie jusqu’à 200 plants par hectare à l’âge de 7 ans. Les arbres ont été élagués jusqu’à 6 mètres.Notez encore le terrain en pente et passablement accidenté.

    Source : https://www.cof.orst.edu/pubs/cof/plntdfor/imagepgs/ch8/img42.htm

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    Figure 24. Plantation de pins radiata à haut rendement utilisée dans un contexte de sylvopastoralisme en Nouvelle-Zélande. Les arbres de la plantation sont espacés, élagués et fertilisés, alors que les herbes et graminées sont favorisées et servent de fourrage pour le bétail.

    Source : https://www.cof.orst.edu/pubs/cof/plntdfor/imagepgs/ch16/img64.htm

    Les arbres sont généralement plantés à la main parce que les terrains sont caractérisés par des pentes assez fortes (figures 22 et 23). Par l’entremise d’un vaste programme de production de plants en pépinière, les producteurs ont accès à une grande sélection de clones et de semis de qualité. Les clones sont issus de diverses provenances ou de mélanges de provenances (figure 25). Les pépinières font des recommandations de clones à utiliser selon les conditions de station. Par exemple, le clone x pourrait mieux performer sur un sol sableux que le clone y, alors que le clone y performerait mieux sur un sol limoneux que le clone x. Les semis sont plantés à racine nue ou avec le terreau utilisé dans les récipients de croissance (figure 26).

    Figure 25. Production de divers clones de pin radiata en Nouvelle-Zélande.

    Figure 26. Semis (plants) de pin blanc.

    Lorsqu’ils sont plantés, les semis font de 20 à 30 cm de hauteur. Après seulement une année, ils atteignent de 50 à 150 cm de hauteur, selon la productivité du site et l’année climatique. Une fois qu’ils atteignent 2 m de hauteur, ils sont relativement à l’abri des dommages par les animaux. Les problèmes les plus sérieux surviennent en présence de chevreuils et de chèvres, lesquels endommagent l’écorce. Toutefois, le pin radiata produit une résine qui sert de couche protectrice. Celle-ci est efficace seulement si les dommages ne couvrent pas plus du tiers de la circonférence de la tige. En général, les impacts sur la production de bois sont faibles. Il peut subvenir néanmoins des baisses de la qualité du bois dans les cas les plus sévères de blessures.

    On applique des herbicides en granules autour des plants pour contrôler la compétition des herbes et des graminées pour la lumière, l’eau et les nutriments. Cette pratique est particulièrement répandue dans le cas de l’établissement des plantations sur des pâturages.

    Ce type de système fait aujourd’hui plus de 2 millions d’hectares (soit approximativement 10 % du territoire). Environ 90 % de la surface est occupée par le pin radiata. Dans les années 1990 et 2000, entre 50 000 et 80 000 hectares ont été plantés sur des pâturages et des terres agricoles.

    Le pin radiata pousse très bien sur toutes sortes de sites. En moyenne, il atteindra 28 mètres de hauteur après 20 ans. Cela équivaut à des gains annuels en volume de bois d’environ 18 à 20 m3 ha-1 dans un système visant surtout la production de bois de déroulage et de charpente. Une révolution complète dans un contexte comme celui-ci est d’environ 30 ans et donne des retours financiers importants. Il n’est pas rare de constater des hauteurs de 35 mètres à 30 ans. La figure 27 montre l’impressionnante croissance radiale du pin radiata dans de bonnes conditions de station.

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    Figure 27. Croissance radiale d’un pin radiata mature (un décompte rapide suggère environ 32 ans) qui fut élagué à maintes reprises au cours de sa croissance pour obtenir un bois sans nœuds (bois clair), sauf au stade juvénile (bois noué au centre). Notez comment les taux de croissance sont élevés durant la première moitié de vie de l’arbre et que ces taux diminuent dans les dix dernières années de vie (cernes proches de l’écorce). Notez aussi comment les taux de croissance peuvent varier d’une année à l’autre. Cela dépend des conditions climatiques, notamment.

    Source : Adapté de https://www.cof.orst.edu/pubs/cof/plntdfor/imagepgs/ch8/img43.htm

    Les premiers 6 à 7 mètres du tronc de l’arbre sont élagués (élagage sylvicole) de façon à donner une tige bien droite. Cette pratique consiste à remonter régulièrement la couronne des arbres en éliminant les branches inférieures, limitant ainsi la formation des nœuds, là où les branches s’insèrent. Une tige de bonne qualité peut alors être exploitée pour le bois d’œuvre, lequel a une valeur commerciale élevée. Les parties inférieures de la tige sont exploitées pour le bois de déroulage et le bois massif, alors que les parties supérieures sont exploitées pour le bois de sciage et le bois industriel (ex. bois de charpente, bois de menuiserie, panneaux, etc.) (figure 28). Plus de détails sur la technique d’élagage en sylviculture sont donnés plus loin dans le module.

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    Figure 28. Utilisations commerciales d’une tige mature de pin radiata.

    Source : Adapté de
    https://www.teara.govt.nz/en/diagram/16841/typical-log-output-from-a-plantation-pine
    Dessin de https://www.havehegn.dk/braeddehegn/

    Par l’entremise d’un protocole d’élagage rigoureux, le producteur peut obtenir une très bonne qualité de tige, ce qui lui assure un plus grand retour financier. Durant les deux premières années de croissance, les arbres sont élagués principalement pour corriger les malformations. Cet élagage assure le développement d’arbres très droits en réduisant le nombre de flèches terminales à une seule et (ou) en enlevant les branches de fortes tailles ou mal alignées (figure 29).

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    Figure 29. Formes d’élagage d’un jeune arbre pour éviter les malformations.

    De deux à huit ans, ce sont de plus grosses branches à partir de la base de la tige qui sont élaguées. En règle générale, l’élagage de la tige se fait en trois levées (figures 30 et 31). Les équipements standards permettent d’élaguer les branches sur 5 à 7 mètres. On élague parfois jusqu’à 10 à 12 mètres, mais le travail est périlleux et les coûts associés à ce travail sont généralement prohibitifs.

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    Figure 30. Schématisation de l’élagage réparti en trois levées (étapes).

    Source : Adapté de
    https://www.nzffa.org.nz/farm-forestry-model/resource-centre/information-leaflets/farm-forestry-association-leaflet-series/no-7-pruning/

    Figure 31. Illustration de l’élagage réparti en trois étapes/levées.

    Les branches sont coupées juste au-dessus du collet (figure 32). Si les branches sont coupées au collet (trop court), cela augmente le diamètre de la blessure ainsi que le temps requis pour l’occlusion (figure 32). Évidemment, le temps requis pour l’occlusion d’une branche de gros diamètre prend plus de temps que pour une branche de petit diamètre. Puisque le nouveau bois se forme entre l’écorce et la cicatrice (c’est-à-dire le bout de la branche coupée), le bois clair (nouveau bois) se forme une fois que l’occlusion (formation de cicatrices) est complétée (figures 27 et 32). Ce nouveau bois finit par « envelopper » les cicatrices. Dans ce sens, si les branches sont coupées trop loin au-dessus du collet (trop long), cela limitera le volume de bois clair produit, car il faudra plus d’années de croissance pour complètement envelopper le bois noué (figure 33). Cela veut aussi dire que la première section de tige élaguée aura davantage de bois clair que la dernière section, car il y a eu plus d’années pour former du nouveau bois entre la zone de bois noué et l’écorce. Le producteur a donc avantage à élaguer rapidement pour maximiser la qualité du bois et ses revenus.

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    Figure 32. Bon et mauvais scénarios d’élagage de la branche par rapport à son collet.

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    Figure 33. Schématisation du bois noué et de la zone d’occlusion (début de la formation du bois clair).

    Source : Adapté de
    https://www.nzffa.org.nz/farm-forestry-model/resource-centre/information-leaflets/farm-forestry-association-leaflet-series/no-7-pruning/

    Au début de la plantation, les élevages bovins créent trop de dommages aux plants de pin radiata pour les introduire dans une plantation juvénile. On recommande plutôt d’introduire des agneaux venant d’être sevrés, des antenais et des brebis à des densités de 12 à 25 animaux par hectare durant l’automne, 6 à 9 mois après la mise en terre des plants, pour brouter les herbes et graminées.

    Plusieurs producteurs en Nouvelle-Zélande ont connu des infestations de mauvaises herbes dans leurs pâturages et systèmes sylvopastoraux. Par exemple, l’herbe de la pampa (Cortaderia selloana) est une grande graminée (pouvant atteindre 3 m de hauteur) originaire d’Amérique du sud et qui fut introduite en Nouvelle-Zélande et ailleurs dans le monde comme plante ornementale et parfois comme plante de pâturage (figure 34). L’herbe de la pampa s’adapte facilement à toutes sortes de conditions (sol et climat). De plus, elle se reproduit de façon prolifique, car chaque bouquet (comme celui de la figure 34) peut produire plus d’un million de graines au cours de son cycle de vie.

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    Figure 34. Un bouquet d’herbe de la pampa.

    Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Herbe_de_la_pampa

    L’infestation de cette plante est rapidement devenue un problème pour plusieurs éleveurs de la Nouvelle-Zélande, puisqu’elle peut nuire à la croissance du pin et qu’elle ne constitue pas un fourrage de bonne qualité. Les infestations sont particulièrement fréquentes lors de la mise en place de la deuxième rotation de pin radiata, permettant ainsi à l’herbe de la pampa de s’établir plus facilement dans un système ouvert (plein soleil). L’usage d’herbicides est normalement une bonne façon de contrôler cette graminée, mais il s’agit d’une approche assez coûteuse. Le broutage du bétail est efficace pour enrayer cette mauvaise herbe. Toutefois, compte tenu de la mauvaise qualité nutritionnelle de cette plante, les éleveurs n’ont pas le choix que d’ajouter un fourrage additionnel (et de meilleure qualité) dans la diète de leurs troupeaux. Cependant, cette pratique peut s’avérer logistiquement assez lourde pour les producteurs.

    Des techniques de lutte biologique ont été développées pour remédier au problème. Notamment, le lotier des marais ou le lotier des fanges (Lotus pedunculatus) est une plante herbacée vivace qui s’établit facilement sous une gamme de conditions de site, même sous les débris ligneux (ex. branches issues de l’élagage, figure 35). Elle négocie bien les conditions de faible luminosité de la plantation et les niveaux élevés d’acidité du sol issus de la litière de pin. De plus, aux stades juvéniles de plantation, le lotier des fanges s’établit suffisamment lentement pour permettre aux semis de pin de bien s’installer et de croître le plus rapidement possible.

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    Figure 35. Établissement de la houlque laineuse (encerclée en rouge) en présence du lotier des fanges (encerclé en bleu) sous les débris d’élagage de pin radiata.

    Source : Adapté de https://www.fao.org/ag/agp/agpc/doc/gallery/pictures/lotusul.htm

    Les racines de cette plante de la famille des fabacées sont inoculées par des bactéries (rhizobium spp.) qui permettent l’enrichissement du sol par la fixation de l’azote atmosphérique (voir le module 3 pour un rappel). Sur les sites où l’herbe de la pampa n’est pas omniprésente, la présence du lotier des fanges n’a pas un réel impact sur le rendement du pin radiata. Toutefois, sur les sites où l’herbe de la pampa est problématique, la présence du lotier des fanges améliore le rendement des arbres en augmentant la qualité des sols.

    Enfin, le lotier des fanges est une plante qui améliore la qualité du fourrage et, par conséquent, les gains en poids du bétail. Non seulement le lotier des fanges est une plante caractérisée par une bonne qualité nutritionnelle, mais il favorise l’établissement d’autres plantes fourragères de bonne qualité nutritionnelle (ex. la houlque laineuse [Holcus lanatus], figures 35 et 36) en augmentant la fertilité des sols. Par le fait même, l’établissement de ces nouvelles plantes mitige efficacement l’omniprésence de l’herbe de la pampa.

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    Figure 36. La houlque laineuse.

    Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Houlque_laineuse