4.6Interactions entre les arbres, le fourrage et les animaux

Nous avons vu que les effets des arbres sur la disponibilité en lumière au sol, la température du sol ainsi que la disponibilité des nutriments et de l’eau ont des effets directs sur le rendement (et possiblement la qualité) du fourrage. Le producteur a donc intérêt à ne pas planter ses arbres trop densément et à fertiliser les sols s’il désire maintenir un bon rendement et une bonne qualité du fourrage (retour économique à court terme par l’entremise de son bétail). Dans ce sens, Hawke et Percival (1992) ont mené des études pour tester les interactions entre les arbres, le fourrage et les gains en poids des animaux. Encore selon les densités des arbres de 0 (pâturage ouvert), 50, 100, 200 et 400 tiges par hectare, on observe que les brebis ont généralement les meilleurs gains en poids sous le pâturage ouvert, mais que ceux-ci diminuent avec l’augmentation de la densité et l’âge des arbres (figure 19).

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Figure 19. Gains en poids des brebis sous un pâturage ouvert (0 tige à l’hectare) et sous différentes densités de tiges à l’hectare en fonction de l’âge des arbres dans une plantation de pin radiata, en Nouvelle-Zélande. Notez que les poids initiaux des brebis étaient les mêmes.

Source : Adapté de Hawke et Percival (1992).

Les gains en poids des brebis avec la hausse de la densité et l’âge des arbres (figure 19) diminuent parce que les arbres finissent par créer trop de débris au sol (soit naturellement ou par l’élagage) et d’ombrage, diminuant la qualité des sols et la production du fourrage. On observe même des valeurs négatives sous les densités de 100 et 200 tiges à l’hectare, à 8 et 10 ans (figure 19), ce qui signifie que les brebis ont perdu du poids à partir du moment où elles ont été introduites dans un tel système. La densité des arbres ne devrait donc pas dépasser 100 tiges à l’hectare si le producteur désire que ses animaux fassent des gains en poids sans avoir recours à un apport externe de fourrage de haute qualité pour complémenter celui se développant sous la plantation d’arbres.

Dans le cas où un producteur décide d’ajouter un supplément diététique, les bénéfices sur les gains en poids de jeunes moutons sont immédiats. Avec des suppléments, les jeunes moutons sous les densités de 50 et 100 tiges à l’hectare connaissent des gains en poids similaires à ceux dans le pâturage ouvert (figure 20). À une densité de 200 tiges à l’hectare, les gains en poids des jeunes moutons sont nettement inférieurs à ceux du pâturage ouvert et des densités de 50 et 100 tiges à l’hectare. Sous tous les scénarios, les données suggèrent qu’il n’y a pas de gain en poids additionnel au-dessus de 3 kilogrammes (en poids sec) de supplément diététique par animal par jour (figure 20). Le producteur n’a donc pas avantage à dépasser cette valeur, puisque ses animaux n’en tireront aucun bénéfice de croissance. De plus, le fourrage sous 200 tiges à l’hectare était moins digestible de 22 % par rapport à celui sous le pâturage ouvert, suggérant une baisse de qualité de celui-ci.

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Figure 20. Gains en poids de jeunes moutons sous un pâturage ouvert (0 tige à l’hectare) et sous différentes densités de tiges à l’hectare selon un apport externe de fourrage de haute qualité en supplément du fourrage se développant sous une plantation de pins radiata de 15 ans, Nouvelle-Zélande.

Source : Adapté de Hawke et al. (1993).