Le sylvopastoralisme
4.1Définition du sylvopastoralisme et du broutage en forêt
Par définition, le syslvopastoralisme est un type agroforestier qui vise la production de matière ligneuse (arbres) et de fourrage, ainsi que l’élevage de bétail, en tirant avantage des interactions entre les différentes composantes du système. Comme dans la définition générale de l’agroforesterie dans le module 1, les bénéfices de combiner les arbres, le fourrage et le bétail sont supérieurs à ceux obtenus si ces trois composantes étaient traitées individuellement. Ces systèmes sont intensifs. Le fourrage est amélioré par l’introduction de graminées et de légumineuses, lesquelles sont produites selon des principes agronomiques.
Il faut faire la différence entre le broutage en forêt et le sylvopastoralisme. Le broutage en forêt est une activité extensive et opportune dans laquelle le bétail fait l’usage des herbes et des arbustes en forêt, lesquels ne seraient pas utilisés par les humains de toute façon. Normalement, une forêt humide mature ne produit pas beaucoup de végétation pouvant être broutée par le bétail, puisque la canopée est fermée et que peu de lumière parvient au sol. Les trouées en forêt, créées par les perturbations naturelles comme le feu, les infestations d’insectes, les chablis ainsi que les perturbations anthropiques comme la coupe, sont nécessaires pour permettre à la lumière de parvenir au sol et favoriser ainsi la croissance des herbes et des arbustes. Ces trouées sont suffisamment fréquentes pour donner une importante source de fourrage. Les lieux de pâturage en forêt sont toujours en constante transition. Les taux de croissance des arbres et la vitesse de fermeture de la canopée dans les trouées dépendent beaucoup du climat et des sols. Généralement, un climat plus chaud et humide ainsi que des sols riches favorisent la croissance et la vitesse de fermeture des trouées, à la suite d’une perturbation. Le broutage en forêt est pratiqué partout dans le monde.
La figure 1 montre quelques exemples de cette pratique.
Cette pratique est permise depuis plus de 100 ans, mais elle est aujourd’hui menacée par les pressions qu’exerce l’industrie forestière.

Cette façon de faire peut s’avérer très utile pour la gestion des mauvaises herbes dans les boisés.
Source :
https://news.cornell.edu/stories/2012/04/experts-suggest-grazing-cows-sheep-ducks-forests
Figure 1. Exemples de broutage en forêt, dans le monde.
Le vrai sylvopastoralisme, quant à lui, est sans aucun doute le type agroforestier le plus répandu dans les pays émergents. Il est aussi très populaire dans les pays tempérés où les résineux sont communs (ex. nord-ouest et sud-est des États Unis, Nouvelle-Zélande et sud-ouest de l’Australie).
On peut différencier le sylvopastoralisme et le broutage en forêt de deux façons. Premièrement, la qualité du fourrage dans les pâturages en forêt est souvent inférieure à celle des systèmes sylvopastoraux. Deuxièmement, les systèmes sylvopastoraux visent autant la production de bois, de fourrage et de bétail, alors que la production du bois est le principal objectif en forêt, même dans celles où il y a de nombreuses trouées et un grand potentiel pour le broutage. On peut voir, aux figures 2 et 3, des systèmes sylvopastoraux classiques au Paraguay et aux États-Unis, respectivement. Vous verrez d’autres systèmes à mesure que vous avancez dans le module.
Figure 2. Un système sylvopastoral au Paraguay dans lequel on sélectionne diverses espèces d’herbes permettant une meilleure productivité du sol, un contrôle de l’érosion et une amélioration du fourrage.
Source : https://www.rinderzucht-paraguay.de/images/galeria022.jpg
Figure 3. Un système sylvopastoral, au sud des États-Unis, disposé en rangées doubles de pins (Pinus elliottii) qui permet la production de fourrage et le broutage des animaux plusieurs années après la mise en terre des plants.
Source : https://www.cof.orst.edu/pubs/cof/plntdfor/imagepgs/ch12/img54.htm
Les pratiques sylvopastorales se distinguent aussi selon la localisation géographique. Dans les pays tropicaux, on a tendance à pratiquer le sylvopastoralisme sur de plus petites surfaces que dans les pays tempérés, industrialisés. Le sylvopastoralisme dans les pays tropicaux est pratiqué par les paysans à des fins de subsistance, alors que dans les pays tempérés, il y a un incitatif commercial important. C’est pour cette raison que l’on travaille normalement sur de grandes superficies (grands propriétaires terriens) en milieux tempérés. Le travail est mécanisé sur les grandes surfaces, alors qu’il est principalement exercé à la main sur les petites surfaces. Dans les pays tempérés, le pin (Pinus) est l’essence la plus populaire étant donné sa grande valeur commerciale. C’est le cas pour la Nouvelle-Zélande, l’Australie, le sud-est et le nord-ouest des États-Unis. Dans les pays tropicaux, on utilise encore beaucoup les clôtures vivantes pour contrôler le déplacement des animaux, ainsi que le fourrage externe de haute qualité pour complémenter les fourrages souvent trop pauvres sous les arbres.
