2.4Les arrangements dans le temps des systèmes agroforestiers

En plus d’être répartis spatialement de toutes sortes de façons, les arrangements des systèmes agroforestiers peuvent varier dans le temps. Ces arrangements sont caractérisés par des cultures vivrières qui alternent temporellement avec les cultures d’arbres. Les deux types de culture se font donc en succession. Nous référerons dorénavant à ce type d’alternance dans le temps comme étant une rotation. Selon Vergara (1985), il y a deux principaux types de rotation dans le temps et nous les avons brièvement discutés dans le module 1, lorsque nous abordions les aspects historiques de l’agroforesterie, c’est-à-dire l’agriculture sur brûlis ainsi que le système de plantation taungya. Dans les deux cas, les cultures vivrières alternent temporellement avec les cultures d’espèces ligneuses.

L’agriculture sur brûlis est une forme de culture itinérante (figure 3). Elle est aussi la plus vieille forme d’agroforesterie. Le petit exploitant procède à l’abattage de la forêt, fait sécher le bois et les débris de coupe et défriche ensuite la terre en incinérant toute cette biomasse, ce qui permet de retourner au sol une quantité appréciable de nutriments et d’éradiquer assez efficacement, du moins pour un court moment, les mauvaises herbes. L’exploitant peut alors cultiver avec passablement de succès le sol fertile et exempt de mauvaises herbes pendant deux ou trois ans avant de laisser la forêt se repeupler naturellement. La jachère forestière, qui sert à reconditionner le sol, peut perdurer pendant une dizaine d’années avant que l’agriculteur puisse réexploiter le lot pour encore deux ou trois années. Toutefois, avec l’augmentation de la population dans certaines régions tropicales, le cycle de rotation des jachères forestières est, de force, devenu de plus en plus court. Aujourd’hui, les brûlis ne suffisent plus pour enrichir les sols qui ont été appauvris par les cultures précédentes. Une nette dégradation écologique s’est produite et une baisse de la résilience de la forêt s’en est suivie. Dans bien des pays tropicaux, on lutte aujourd’hui contre le problème de l’agriculture itinérante par des politiques et des lois qui visent à freiner l’agriculture sur brûlis, mais le problème persiste. Dans certains cas, cette situation a forcé de petits exploitants à développer des pratiques culturales plus viables en forêt.

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Figure 3. Les répartitions temporelles des arbres et des cultures en agroforesterie.

Source : Vergara, 1985. https://www.fao.org/docrep/r1340f/r1340f05.htm

Le système de plantation taungya est le premier système agroforestier moderne. Il ressemble beaucoup à la culture intercalaire, mais il met l’accent sur la récolte de la biomasse ligneuse plutôt que sur les cultures vivrières. Les espèces d’arbres fréquemment exploitées sont l’acacia, le teck et le laurier. Il ne vise pas non plus à enrichir les sols, même s’il peut jouer un rôle positif à cet effet. Les cultures vivrières sont intercalées entre les rangées d’arbres lorsque les arbres sont encore à un stade juvénile (Système taungya [un type]) ou intercalées simultanément entre deux plantations d’arbres et des rangées d’arbres juvéniles (Système taungya [un autre type]) (figure 3). Le deuxième système est une forme de modèle hybride entre la culture itinérante et la culture intercalaire. Ce système se rapproche de la culture itinérante parce que, même s’il n’y a pas de brûlage comme dans le cas de l’agriculture sur brûlis et qu’il s’agit d’une plantation d’arbres plutôt qu’une forêt naturelle en régénération, on profite de l’espace libéré par la coupe pour y exploiter le sol pendant deux ou trois ans. Les cultures vivrières sont ainsi exploitées jusqu’à la fermeture de la canopée forestière et l’atteinte d’un seuil de disponibilité de la lumière qui ne permette plus la culture agricole. Une fois ce seuil atteint, seuls les arbres sont exploités jusqu’à l’âge de la maturité financière. Dépendamment des espèces ligneuses plantées, selon le taux de croissance et l’ampleur de la canopée, cette fenêtre de temps qui permet l’agriculture vivrière entre les rangées d’arbres peut être de deux à quatre ans. S’ils sont de bons arboristes et que la plantation est un franc succès, cette fenêtre de temps est plus courte. Les petits exploitants reçoivent alors un autre lot de terre afin d’établir une nouvelle plantation d’arbres et de profiter des premières années pour y faire un peu d’agriculture. Cette pratique est toutefois moins populaire qu’avant, car les petits exploitants n’ont aucune garantie de se voir allouer une nouvelle terre tous les trois ou quatre ans. Pour maintenir cette pratique, certains gouvernements donnent maintenant une partie des profits de la vente du bois aux petits exploitants.