6.3 Le guide de populiculture au Québec

En 2011, le Réseau Ligniculture Québec, dont le professeur responsable du cours a déjà été le directeur scientifique, a publié un guide pratique pour les producteurs désireux d’établir une plantation de peuplier hybride. Il s’agit d’un outil indispensable pour la personne qui désirerait travailler dans le milieu de la sylviculture intensive et de la ligniculture au Québec. Il couvre les quatre champs de pratique identifiés ci-dessus, en plus de traiter de l’élagage (voir le module 4), des maladies et des infestations d’insectes.

La référence complète du guide est la suivante :

Réseau Ligniculture Québec. 2011. Le Guide de populiculture au Québec : guide pratique sur la culture du peuplier hybride au Québec, 124 pages.

Vous pouvez consulter le guide sur le site Web du Réseau ligniculture Québec sous forme de guide virtuel ou en version PDF. Il est fortement recommandé de consulter la version en haute résolution (même si le temps de téléchargement est un peu plus long) puisque la qualité des images est nettement supérieure.

Nous avons choisi d’utiliser ce guide pratique pour l’ensemble du module 6, car il a été jugé qu’il serait intéressant que vous ayez un contenu immédiatement utilisable sur le marché du travail. Il concerne strictement la populiculture, ce qui s’avère utile car le peuplier hybride est sans aucun doute l’un des plus plantés dans le monde, avec l’eucalyptus et le pin. Sa culture est d’ailleurs assez proche de celle de l’eucalyptus, alors que plusieurs aspects pratiques de la culture du pin ont été vus dans le module 4 sur le sylvopastoralisme en Nouvelle-Zélande. Toutefois, vous noterez qu’il y a plusieurs pratiques qui sont partagées entre ces deux systèmes exploités aux antipodes de la Terre (le peuplier étant davantage exploité en Amérique du Nord et en Europe, alors que le pin l’est en Océanie et sur les côtes est et ouest des États-Unis).

Avant de cibler quelques lectures du guide, voici une petite mise en contexte sur le peuplier hybride.

Le peuplier hybride fut beaucoup utilisé à des fins médicinales par les Premières Nations de l’Amérique du Nord, alors qu’il l’était à des fins ornementales par les Romains en Europe. La culture d’hybrides en Europe a commencé au milieu du 18e siècle, lorsque des explorateurs ont rapporté d’Amérique des espèces de peupliers locaux (baumier et deltoïde). Au 19e siècle, des Européens sont venus s’installer dans les prairies canadiennes où ils ont planté des boutures de peuplier ramenées du Vieux Continent. C’est à partir de ce moment que les systèmes environnementaux (module 5) ont vu le jour dans l’Ouest canadien. Un des attraits du peuplier est qu’il est capable de produire des clones végétativement (multiplication végétative) par rejet de souche ou drageons racinaires (drageonnement). Ces nouveaux plants sont identiques (d’un point de vue génétique) à l’arbre-mère. Cette capacité de multiplication végétative confère au peuplier une grande capacité de déploiement et explique donc qu’il est très populaire en sylviculture intensive et en ligniculture. La plupart des peupliers hybrides ne vivent cependant pas très longtemps, car ils sont souvent porteurs de maladies et d’insectes. Ils sont issus d’espèces de début de succession, intolérantes à l’ombre. Toutefois, les différents peupliers hybrides pousseront en général très rapidement, ce qui est idéal pour la ligniculture sur de courtes révolutions. Ils s’établissent bien sur des sites perturbés où il y a peu de compétition pour les ressources (lumière, les nutriments du sol et l’eau).

Les clones de peupliers hybrides ne sont pas des organismes modifiés génétiquement (OGM), car il n’y a pas de nouveau gène introduit dans le génome de l’arbre. Ils sont plutôt créés par un croisement naturel de deux individus, d’où le terme hybride (soit par la reproduction sexuée, qui date de l’Antiquité, ou par hybridation somatique, issue du domaine du génie génétique). Ces techniques d’hybridation ont donné lieu à une large gamme de cultivars (ou clones) de peupliers qui partagent les caractéristiques de leurs parents. Par exemple, l’hybride T × D est issu d’un arbre femelle Populus trichocarpa et d’un arbre mâle Populus deltoides. L’espèce femelle est toujours nommée en premier. La vigueur d’un hybride est généralement supérieure à celle de ses parents : c’est le phénomène d’hétérosis. Les résultats sont étonnants. Les plantations de peuplier hybride sont très productives. Au Québec, les rendements dépassent largement les rendements d’autres essences, même si elles sont améliorées génétiquement (tableau 2).

Tableau 2. Taux de croissance en mètres cubes par hectare, par année, et durée de la révolution de différentes espèces d’arbres en plantation sur les meilleurs sites du Québec.

Durée de la révolution (année) Rendement
Pin blanc 40 6
Pin gris 40 6-7
Épinette blanche 60 9-10
Pin rouge 45 10-11
Peuplier hybride 20 15-25

Par exemple, sur les sols de la vallée du Saint-Laurent, au sud du Québec, les rendements atteignent des valeurs dépassant les 20 m3 ha-1 an-1 (figures 1 et 2).

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Figure 1. Taille d’un clone 3230 à l’âge de 22 ans à Saint-Ours, au Québec.

Source : Pierre Périnet, Direction de la recherche forestière, Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec.

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Figure 2. Croissance radiale d’un clone 3230 à l’âge de 22 ans à Saint-Ours, au Québec.

Source : Pierre Périnet, Direction de la recherche forestière, Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec.