4.2Principaux bénéfices des systèmes sylvopastoraux

La plupart des systèmes sylvopastoraux visent la production d’espèces conifériennes (notamment le pin) et d’autres espèces à feuilles persistantes, ainsi que de l’eucalyptus. On utilise normalement des espèces qui possèdent des tissus (feuilles) moins appétissants que les espèces feuillues communément utilisées en régie de production intensive (plantation), comme le peuplier.

Bien que l’on vise la production de matière ligneuse, les systèmes sylvopastoraux sont souvent mis en place par de petits forestiers (non industriels), des fermiers et des éleveurs. Les arbres, le fourrage et le bétail sont des composantes déjà largement exploitées par les petits producteurs locaux. Les systèmes sylvopastoraux se sont donc établis naturellement là où cette pratique était propice. Pourtant, pendant des années et encore aujourd’hui, l’industrie forestière et les gouvernements ont démontré peu d’intérêt pour ce type de système de production.

Bénéfices environnementaux

Les systèmes sylvopastoraux comptent plusieurs bénéfices environnementaux. Au cours du dernier siècle en Australie, par exemple, plusieurs forêts ont été converties en pâturage. On s’est alors aperçu que cela a favorisé la hausse du niveau de la nappe phréatique (figure 4). Pour les sites où les eaux de la nappe phréatique étaient salines, les sols ont connu des épisodes salinisation, causant ainsi des stress chez les plantes et des baisses considérables dans le rendement du fourrage.

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Figure 4. Niveau de la nappe phréatique avant et après la coupe des arbres en Australie. Les axes des x et y indiquent respectivement le niveau de la nappe phréatique le long de la toposéquence en mètres. La valeur « 0 » le long de la toposéquence indique le fond de la vallée à une élévation de 254 mètres par rapport au niveau de la mer, mesuré par le gouvernement australien entre 1966 et 1968 (AHD, Australian Height Datum).

Source : Adapté de Scott (1990).

Toutefois, en réintroduisant des arbres dans le paysage dans un contexte de sylvopastoralisme, il a été possible de mitiger une partie du problème. Puisque les arbres prélèvent et évaporent beaucoup d’eau, leur réintroduction fait efficacement baisser le niveau de la nappe phréatique de quelques mètres en quelques années (figure 5). Dans le cas figuré ci-dessous, il s’agissait d’eucalyptus, une espèce à croissance très rapide.

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Figure 5. Rabattement de la nappe phréatique huit ans (en 1988) après la mise en terre d’eucalyptus agroforestiers en 1980. L’année 1979 correspond aux conditions hydrogéologiques avant la plantation. La longueur de la toposéquence est indiquée de 0 à 800 mètres (axe horizontal), alors que le fond de la vallée se trouve à environ 320 mètres le long de cet axe. Le niveau de la nappe (axe vertical) est calibré en mètres par rapport au niveau de la mer, mesuré par le gouvernement australien entre 1966 et 1968 (AHD, Australian Height Datum).

Source : Adapté de Bari et Schofield (1992).

Les impacts du rabattement de la nappe sont également rapides. N’étant plus sous l’influence de sources salines (nappe), les sels accumulés à la surface des sols sont rapidement solubilisés et lessivés jusqu’à la nappe par les eaux de percolation (figure 6).

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Figure 6. Niveau de salinité du sol en lien avec la profondeur de la nappe phréatique en 1980, année de la reforestation avec l’eucalyptus, comparativement au niveau de salinité de 1989, dix ans après l’établissement de la plantation. L’année 1979 correspond aux conditions hydrogéologiques avant la plantation.

Source : Adapté de Bari et Schofield (1992).

Puisque les arbustes, les herbes et les graminées sont caractérisés par de petits diamètres et de petites tailles, ils peuvent s’assécher rapidement dans les zones plus arides. Ils deviennent alors un combustible important, favorisant les feux de broussailles. Le broutage par le bétail est donc essentiel pour contrôler la quantité de combustible disponible et réduire les risques d’incendie. Dans les systèmes sylvopastoraux, on évite que le bétail ne cause des dommages aux jeunes arbres en les protégeant par des clôtures. Cela force le bétail à brouter dans les zones limitrophes aux plants.

On utilise les systèmes sylvopastoraux pour générer d’autres bénéfices environnementaux comme le contrôle de l’érosion des sols et de la qualité des eaux de surface. Ces bénéfices ne seront toutefois pas discutés dans ce module. Ils le seront dans le prochain module (module 5) qui traite des systèmes environnementaux.

Bénéfices économiques

La popularisation des systèmes sylvopastoraux vient principalement du fait que les producteurs peuvent en tirer de nombreux bénéfices économiques. Un système sylvopastoral qui combine efficacement les arbres et le bétail peut être beaucoup plus profitable d’un point de vue économique qu’une seule plantation d’arbres ou qu’un seul élevage. Cette plus-value du système sylvopastoral vient, en partie, du fait que l’on crée des interactions entre les différentes composantes qui le forment. Vous verrez des exemples concrets plus tard dans le module. De plus, puisque le sylvopastoralisme fournit plusieurs produits (ex. bois, viande, lait, laine [dans le cas d’élevage ovin, fourrage, paillis d’écorce]), cela réduit les risques de pertes dues à des marchés, des économies ou des politiques défavorables. Enfin, la combinaison des revenus à long terme (bois) et des revenus annualisés (viande, lait, laine, fourrage, paillis) offre davantage de continuité sur une rotation forestière complète que dans le cas d’une plantation normale.