2.3Les arrangements dans l’espace des systèmes agroforestiers

Les arrangements dans l’espace et dans le temps peuvent varier beaucoup à l’intérieur d’un type agroforestier ou d’un système agroforestier. En fait, ces variations peuvent définir en quelque sorte de quel type ou de quel système il s’agit. Par exemple, une culture intercalaire de peupliers et de blé en France peut être définie comme un système agrisylvicole pourvu que les espacements entre les rangées d’arbres demeurent suffisamment proches (ex. ≤10 m) pour : (1) maximiser les effets fertilisants de la litière forestière et (2) favoriser des conditions hydroclimatiques qui augmentent le rendement de la culture de blé. Si les espacements sont plus grands (ex. ≥50 m), ces bénéfices diminuent. Toutefois, ces rangées (ou haies) de peupliers peuvent protéger les cultures et les sols de l’érosion en brisant l’action ravageuse du vent. Ce type d’agroforesterie environnementale est alors un système de haies brise-vent.

Selon Young (voir e-publication dans la bibliographie), il y a six façons en agroforesterie de répartir spatialement les arbres et les cultures. Voyons-les maintenant à partir d’une surface d’un hectare de terre, telle que proposée par Young (e-publication). Elles sont illustrées à la figure 2.

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Figure 2. Les répartitions spatiales des arbres et des cultures en agroforesterie. La surface en bleue est occupée par les arbres, alors que la surface en blanc est occupée par la culture agricole annuelle.

Source : Adapté de Young (e-publication).

La jachère rotationnelle (ou jachère en rotation ou jachère tournante) signifie qu’on déleste une partie de la terre agricole pour un réapprovisionnement des nutriments et un contrôle des mauvaises herbes en y plantant des espèces ligneuses pérennes ou, encore, en laissant la forêt s’installer naturellement. Après un certain nombre d’années, la terre peut être à nouveau défrichée pour l’agriculture. La durée des jachères sera traitée dans le prochain module.

Contrairement à la jachère rotationnelle, la plantation de bordure est plutôt permanente. Elle cherche à circonscrire une zone de production. Dans le module 1, nous avons discuté brièvement des clôtures vivantes pour protéger les cultures agricoles du broutage par les animaux domestiques ou sauvages. Ces clôtures sont normalement disposées en bordure. Également, les producteurs planteront souvent des arbres pour délimiter leurs terrains, briser le vent (et parfois le feu) et s’alimenter en bois ou en fourrage (arbres ou arbustes fourragers).

Les haies brise-vent et les cultures intercalaires sont tous les deux représentées par des rangées alternées d’arbres et de cultures agricoles annuelles. Les bandes alternées sont composées de plusieurs rangées (doubles, triples, quadruples). Les espacements entre les rangées d’arbres varient beaucoup, du plus grand pour les haies brise-vent au plus petit pour les cultures intercalaires. Les haies brise-vent sont plus souvent formées de bandes (plusieurs rangées d’arbres), alors que les cultures intercalaires sont plus souvent distribuées en rangées simples. Ces systèmes agroforestiers sont conçus de façon à ce que les deux types de cultures soient mutuellement bénéfiques (rendement plus élevé) plutôt que compétitrices (rendement plus faible).

Comme le nom l’indique, les mélanges aléatoires n’ont pas de répartition nette et systématique. En fait, l’apparence peut même paraître spatialement chaotique. On peut y trouver des paysages parsemés d’arbres entre et sous lesquels on exploite des cultures agricoles. Dans certains cas, le paysage est dominé par de gros arbres (1), alors que dans d’autres cas, le paysage est dominé par de plus petits arbres, mais à une plus forte densité (2). Plusieurs jardins familiaux en Asie sont répartis de la sorte. Cette répartition des arbres est également typique de plusieurs systèmes sylvopastoraux que l’on retrouve partout dans le monde.