2.2Les deux types agroforestiers alternatifs
L’arrivée de l’agriculture en Europe et en Amérique du Nord a permis le développement d’un quatrième type agroforestier bien distinct, les systèmes dits « environnementaux ». Nous verrons en détail, dans le module 5, ce qui a motivé le développement de ce type agroforestier. On peut le définir généralement de la façon suivante :
Agroforesterie environnementale : Il s’agit de systèmes qui intègrent les arbres dans les paysages agricoles afin de protéger les sols contre l’érosion par le vent et les cours d’eau contre l’érosion des berges, et (ou) pour conserver la qualité de l’eau.
La distinction entre l’agroforesterie et la foresterie est parfois nuancée. Les débats persistent entre scientifiques et aménagistes en ce qui a trait à la définition d’un système agroforestier. En quoi le système agroforestier se distingue-t-il de la foresterie? Plusieurs producteurs agricoles dans le monde incluent dans leurs pratiques des composantes de l’agroforesterie, mais ils ne les ont pas qualifiées comme étant de l’agroforesterie à son état pur. Par exemple, la production de sirop d’érable et ses dérivés (acériculture) est une pratique courante qui se fait à partir de petits lots forestiers au sein des paysages agricoles de l’est du Canada. Dans ce cas, on exploite les arbres dans le but d’y extraire des produits de valeur ajoutée sans nécessairement viser la production de bois. On pourrait toutefois arguer qu’un tel système ne cherche pas nécessairement à favoriser les interactions entre les cultures, les animaux domestiques et les arbres sur une même portion de territoire. Dans un sens strict, on pourrait conclure qu’il ne s’agit pas d’un « vrai » système agroforestier, voire d’agrisylviculture, de sylvopastoralisme, d’agrisylvopastoralisme et d’agroforesterie environnementale. On ne pourrait pas non plus conclure que l’acériculture est synonyme d’une foresterie classique parce qu’il n’a pas la production de bois comme objectif primaire. Toutefois, les petits îlots d’érablières sont souvent exploités pour du bois de chauffage, avec les résidus d’élagage ou encore les arbres en dégénérescence.
En somme, il faut reconnaître qu’il y a des zones grises dans les définitions offertes. Il est toutefois possible que la nature de certains systèmes soit multiobjective (ex. sirop d’érable, bois de chauffage et agriculture limitrophe aux îlots forestiers). De ce fait, ce serait une erreur d’appliquer la classification dans un sens strict et d’exclure l’acériculture comme système agroforestier. Dans cette optique, un bon système de classification devrait être plutôt inclusif qu’exclusif. Il est donc proposé de placer dans un autre type agroforestier tous les systèmes qui sont multiobjectifs, mais qui ne tombent pas directement dans l’un des quatre grands types agroforestiers énumérés précédemment. Il s’agit de systèmes tels que l’apiculture en milieu arboré, les lots forestiers multiusages comme l’acériculture, ainsi que les systèmes d’aquaforesterie qui utilisent la litière des arbres comme fourrage pour les poissons. Étant donné son sens assez large, nous les identifierons comme des systèmes dits « multiobjectifs ». On peut y inclure également la sylviculture intensive, voire très intensive, car elle fait souvent partie du plan d’aménagement de plusieurs producteurs agricoles. En effet, on retrouve fréquemment les plantations d’espèces d’arbres ou d’arbustes à croissance rapide sur les terrains des producteurs agricoles, rendant ainsi le système multiobjectif. Notamment, les taillis de saules sur de très courtes rotations sont utilisés afin de produire du combustible (ex. copeaux) et des biocarburants (ex. éthanol). Il faudrait préciser ici que l’agroforesterie peut bénéficier énormément du partage de connaissances (théoriques et pratiques) entre le forestier et le producteur agricole, et que les systèmes multiobjectifs n’y font pas exception.